Thierry Valot (Alliance Industrie du Futur) : “Le prochain gouvernement devra accompagner la transition écologique de l’industrie”

Thierry Valot
© Thierry Valot - Groupe FIVES

Pour la première fois de son histoire, l’industrie subit de plein fouet plusieurs mutations cruciales. La plus pressante : la transition environnementale. Les technologies de décarbonation existent. Mais pour les rentabiliser, l’industrie va devoir compter sur l’aide du gouvernement.

Thierry Valot est directeur innovation et digital du Groupe FIVES et co-pilote de l’Alliance Industrie du Futur. Cet organisme a pour ambition de renforcer l’impact du Plan France Relance sur le tissu industriel français et de fédérer une communauté autour des enjeux de transformation de l’industrie. Il décerne le label Vitrine Industrie du Futur, qui récompense les meilleures initiatives du secteur, et est le témoin des grandes évolutions du secteur.

Quels sont, selon vous, les grands enjeux en matière d’industrie pour le quinquennat à venir ?

Thierry Valot : L’industrie fait aujourd’hui face à une situation inédite. Elle vit un ensemble de mutations très importantes. La première est écologique : les acteurs du secteur doivent prendre en compte leur impact environnemental, aussi bien au niveau de leurs process que de leurs produits. Le sujet n’est pas nouveau, mais il prend une dimension toute particulière au regard des enjeux liés à la régionalisation de l’industrie et de la chaîne d’approvisionnement. C’est selon moi le deuxième grand enjeu des années à venir. Nous nous en sommes particulièrement rendu compte avec le Covid-19. La troisième mutation concerne la flexibilité. Elle s’applique à plusieurs niveaux : d’une part les demandes des clients, qui souhaitent des produits de plus en plus personnalisés, de l’autre la volatilité du contexte international. Avec la pandémie, l’économie a dû repartir à vitesse grand V du jour au lendemain, les carnets de commandes se sont remplis d’un coup… puis la guerre en Ukraine a éclaté.

Y a-t-il un sujet qui devra être traité en priorité ?

T. V. : Je dirais sans doute que l’aspect environnemental est le plus urgent à traiter dans les 5 ans à venir. On ne peut pas le différer : dans l’industrie, tout est réfléchi sur un temps long. Il faut donc s’y prendre suffisamment tôt pour ne pas être en retard. Si l’on attend que la taxe carbone atteigne des valeurs hallucinantes pour financer les technologies de décarbonation, personne n’aura les moyens de les déployer.

Comment les entreprises industrielles peuvent-elles financer les technologies de décarbonation ?

T. V. : Il y a plusieurs sources de financement. La première, vient des ressources d’exploitation qui peuvent permettre de financer tout ou partie de l’investissement. La seconde, c’est l’emprunt. Mais pour emprunter, il faut pouvoir démontrer des capacités de cashflow importantes. Cela passe aussi par la capacité à se développer à l’export : bien sûr, il est important d’être fort sur son marché local pour être solide. Mais pour être rentable, il est bien souvent indispensable de couvrir l’international. L’industrie française ne peut pas être repliée sur elle-même.

Quels sont les risques à passer à côté de la transition écologique ?

T. V. : Les patrons de PME et d’ETI industrielles ont de très nombreux sujets à traiter chaque jour. Ils doivent gérer leurs achats, la question de l’inflation, du recrutement… L’environnement peut être le sujet de trop à l’agenda. Mais il faut bien comprendre qu’au-delà de la performance environnementale, il s’agit aussi d’un sujet d’attractivité et de compétences. Contrairement au big data, par exemple, qui est un élément différenciant positif mais rarement négatif, une entreprise fortement émettrice ou polluante peut mourir à court terme.

Quel doit être le rôle du gouvernement pour éviter ces écueils ?

T. V. : Il est multiple. Le dernier quinquennat a vu fleurir de nombreux programmes d’aides à la décarbonation, comme Territoires d’Industrie ou France RelanceL’Ademe facilite aussi grandement les démarches, notamment pour les PME et les ETI. Les dirigeants de ces structures ont besoin de comprendre comment les investissements – parfois conséquents – de décarbonation peuvent être rentables. Ces dernières années, le prix de la tonne de carbone gravitait autour d’une dizaine d’euros. Aujourd’hui, nous dépassons les 80 euros par tonne de carbone. Cela va permettre de rentabiliser un certain nombre de solutions. Le futur gouvernement pourra aussi légiférer sur le sujet : il y a une tendance positive dans l’univers industriel, c’est le bon moment. Le consommateur final tout comme les salariés et les investisseurs sont demandeurs de solutions vertes. Par ailleurs, le rôle du gouvernement est aussi de valoriser l’industrie, de la rendre désirable auprès des jeunes talents et des investisseurs. C’est la direction qui a été prise ces dernières années : depuis le dernier quinquennat, l’industrie est mise sur le devant de la scène. Les gens en parlent de manière beaucoup plus favorable. Cela est le fruit d’une importante pédagogie : il faut que le grand public comprenne les vérités et les limites de l’industrie. Si l’on parle d’énergie, par exemple, il faut comprendre la réalité des modes de production et des techniques disponibles. Le gouvernement doit aussi jouer ce rôle-là, effectuer un travail d’image soutenu et expliquer de manière crédible ce que sont les choses.

Biographie

Ingénieur diplômé de l’Ecole des Ponts Paristech, Thierry Valot a commencé sa carrière dans le groupe automobile PSA (Stellantis), puis dans l’audit chez Mazars, avant de rejoindre le groupe Fives en 1997 en tant que contrôleur financier. Thierry Valot a ensuite dirigé plusieurs filiales des divisions automobile et verre du groupe. Il est responsable, depuis septembre 2019, de la direction Innovation et Digital du groupe. Thierry Valot préside également le comité Vitrines de l’Alliance Industrie du Futur, et pilote le projet Batteries pour Véhicules Electriques de la filière Solutions Industrie du Futur.

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