Les techniques de la Chine pour asservir économiquement l’Europe

Un dragon en fonte se détache sur un fond rouge
© Annie Spratt via Unsplash

Filtrage de l’accès à son marché intérieur, rachats d’entreprises, espionnage industriel : la Chine s’est dotée d’un arsenal varié pour favoriser et protéger son économie.

En 2019, la Commission européenne définissait la Chine comme « un[e] partenaire, un[e] adversaire et un[e] rival[e] systémique ». Et quelle rivale : celle qui est désormais la deuxième puissance mondiale ne cache pas ses ambitions économiques, qui s’étalent de l’industrie manufacturière aux technologies de pointe. « Ce qui caractérise la Chine, c’est la centralisation de son pouvoir politique, qui dispose d’un contrôle très étroit sur les acteurs économiques publics ou privés, décrit l’économiste Jean-François Huchet, président de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Cette stratégie appelée China incorporated donne au parti communiste chinois (PCC) la capacité d’imposer sa stratégie et ses règles aux entreprises du pays. »

Les rachats d’entreprises

Habituée à mettre au pas ses entreprises, la Chine tente régulièrement d’étendre son pouvoir aux entreprises étrangères. « L’Europe a constitué un terrain de chasse pour les entreprises chinoises. Les investissements chinois sont devenus très importants en 2016-2017 », quelques années après l’accession au pouvoir de Xi Jinping en 2012, note Jean-François Huchet. « Ces investissements étaient un moyen pour les entreprises chinoises d’acquérir de la technologie de manière légale », précise John Seaman, chercheur au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri). « Ce qui a inquiété les pays européens, c’était de ne pas connaître la politique industrielle qui motivait ces actions », l’ombre du PCC planant sur ces rachats.

Résultat : plusieurs pays d’Europe, dont la France, ont renforcé leurs mécanismes de contrôle des investissements étrangers. De quoi leur permettre de limiter les prédations chinoises dans des secteurs stratégiques, comme les semi-conducteurs. Mais cela ne réduit pas pour autant les appétits de la Chine, qui continue de lorgner sur les fleurons tricolores. Y compris les plus jeunes : le groupe tentaculaire Tencent a par exemple pris des participations dans plusieurs start-up françaises emblématiques des jeux vidéo (Voodoo) et de la finance (Lydia, Qonto).

L’espionnage informatique

Limitée dans sa quête légale de technologie, la Chine a en parallèle développé ses activités illégales. Ainsi, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) indique-t-elle qu’en 2021 « sur les 17 opérations de cyberdéfense traitée, 14 étaient liées à des opérations d’espionnage informatique, impliquant pour 9 d’entre elles des modes opératoires réputés chinois », soit près des deux tiers. Preuve que l’espionnage informatique est un risque systémique lorsqu’une entreprise noue des liens avec la Chine, certaines versions du logiciel de facturation GoldenTax, obligatoire en Chine, « ont embarqué une porte dérobée permettant un accès furtif aux systèmes d’information de plusieurs entreprises », observe l’Anssi.

« La Chine n’est pas la première à se livrer à de l’espionnage mais ce qui est préoccupant, c’est le lien qui existe avec le politique. Tout est organisé à l’échelle de l’État : la Chine ponctionne des technologies et on ne sait pas, de l’extérieur, où s’arrêtent ces transferts », résume Jean-François Huchet.

Le filtrage de l’accès à son marché intérieur

La Chine n’est pas plus tendre avec les entreprises étrangères qui souhaiteraient s’installer sur son sol. « L’accès à son marché intérieur a toujours représenté pour la Chine une arme importante de négociation vis-à-vis des multinationales et des gouvernements étrangers », appuie Jean-François Huchet. Avec plus de 1,4 milliard d’habitants, soit près de 20% de la population mondiale, et un pouvoir d’achat qui a explosé au cours des dernières décennies, la Chine possède un marché dont il est difficile de se passer lorsqu’on cherche à bâtir des leaders mondiaux. Et cela vaut autant pour les marques de consommation, notamment dans le secteur du luxe, que pour les fleurons industriels. L’économiste estime ainsi « déterminant » le lien qu’EDF a pu nouer avec des partenaires chinois pour développer son activité nucléaire. Sur le site de sa filiale Framatome, l’énergéticien présente les réacteurs Taishan 1 et 2, installés dans la province chinoise de Guangdong, comme « le plus important contrat commercial signé par l’industrie nucléaire française et, plus généralement, de l’histoire du nucléaire civil ».

Pour les entreprises européennes, l’enjeu n’est pas seulement financier. Ces dernières années, la Chine a dopé ses recherches dans des technologies de pointe : « l’intelligence artificielle, le quantique, la 6G », liste John Seaman. « Si les entreprises étrangères n’ont pas accès au marché chinois, elles n’ont pas accès aux dernières avancées technologiques et risquent de se retrouver en complet décalage. »

à la Newsletter
Partager

Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter de Major !

Major ne vendra pas votre e-mail et aucune pub ne vous sera envoyée. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.