Lutter contre l’espionnage économique : le guide pratique

Un cube en bois avec un point d'exclamation est posé sur une surface plane
© MicroStockHub via iStock

De l’industrie aux entreprises de cybersécurité, de nombreux secteurs suscitent les appétits de la Chine. Ce qui devrait alerter recruteurs et managers pour éviter de faire entrer le loup dans la bergerie.

« Depuis une vingtaine d’années, la Chine a investi – mais aussi espionné – tous les secteurs qui font aujourd’hui la force des nations au niveau mondial : aéronautique, automobile, construction navale », rappelait récemment dans nos colonnes l’avocat Olivier de Maison Rouge. De nouveaux secteurs-clés comme la santé ou la cybersécurité sont également concernés. Et l’une des techniques privilégiées par la Chine reste l’infiltration. « Elle vise à pénétrer lentement les sociétés adverses afin d’entraver toute velléité d’action contraire aux intérêts du Parti », soulignent Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer de l’IRSEM, auteurs l’année dernière du rapport Les opérations d’influence chinoises, un moment machiavélien. Alors, comment repérer des candidats ou salariés susceptibles d’infiltrer une entreprise française et de mettre en péril des informations stratégiques ?

Prêter attention aux détails

Première étape : éplucher le parcours du candidat, résumé par le CV. L’impression générale peut déjà être déterminante. Ainsi, un candidat hautement qualifié, présentant des prétentions salariales très en-deçà de ce qui se pratique sur le marché et disponible rapidement doit inciter le recruteur à la prudence, en lui demandant des précisions sur ces différents points. D’autres détails peuvent constituer autant de signaux d’alerte : des études ou un stage effectués à l’étranger, a fortiori dans un pays connu pour mener des activités d’espionnage comme la Chine ou un poste stratégique dans une entreprise directement concurrente, par exemple. Plus les informations présentées sont difficiles à vérifier, plus elles doivent alerter le recruteur, comme des expériences dans des organisations qui ont mis la clé sous la porte ou se sont fait racheter.

Se renseigner (en toute légalité)

Les réseaux sociaux professionnels peuvent devenir de véritables mines d’informations. Mais attention à ce que cette recherche reste dans le cadre légal. Pas question de fouiller les réseaux sociaux personnels (Facebook, Instagram ou même Twitter) ou de partir à la pêche sur Google : cela s’apparente à une enquête de moralité et la réaliser sans avertir le candidat est strictement interdit.

Ce type d’enquête, réalisée par un service d’État ou un enquêteur privé lors du recrutement de profils stratégiques, n’est que « très rarement utilisé », regrette Alexandre Medvedowsky, président du Syndicat français de l’intelligence économique (Synfie). « Il existe pourtant des grilles d’analyse qui intègrent des éléments de recherches poussées. » Ces investigations permettent notamment de déceler « des zones de risque », c’est-à-dire les leviers que pourraient activer des puissances étrangères pour monnayer des informations : endettement, situation familiale fragile, antécédents judiciaires…

Mettre en place une politique de sécurité économique

Le meilleur moyen de protéger ses données stratégiques reste de mettre en place une politique de sécurité économique. « Les entreprises doivent vérifier de manière permanente que certaines décisions n’incombent pas à une seule personne. Il ne s’agit pas de fliquer son personnel mais de mettre en place des mécanismes de partage et de contrôle des décisions », estime ainsi Alexandre Medvedowsky. Des procédures qui doivent être valables à la fois pour l’entreprise mais aussi pour ses partenaires et sous-traitants.

Ne pas sombrer dans la paranoïa

Oui, il faut faire montre de prudence. Non, il ne faut pas faire de la Chine une obsession. « Les risques sont les mêmes pour toutes les grandes puissances. Les prédateurs ne viennent pas que de Chine mais aussi de Russie, d’Israël ou des États-Unis« , rappelle le président du Synfie.

Pas question de verser dans la paranoïa, qui risquerait même d’induire des comportements aussi discriminatoires qu’inefficaces, comme de refuser les candidatures de personnes d’origine chinoise. « Le problème ne viendra pas du recrutement d’un Chinois mais d’un Français qui travaillera pour la Chine, assure Alexandre Medvedowsky. C’est pourquoi il faut évaluer les zones de risque de chaque candidat à un poste stratégique. »

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