Le monde rural réclame plus d’aides pour déployer son potentiel économique

Un petit village français
© Niki Nagy

Contrairement aux idées reçues, l'attractivité des campagnes n'est pas portée que par les retraités. Les petits villages ont beaucoup à apporter, en termes de dynamisme économique. Le problème : les élus de ces petites communes estiment que les aides publiques ne suffisent pas à déployer leur potentiel.

Née en 1971, l’Association des maires ruraux de France (AMRF) fédère près de 10 000 maires sur le territoire national et défend ardemment les enjeux spécifiques des communes rurales. Selon ces défenseurs de la ruralité, les petites communes ont un rôle à jouer dans le développement économique du pays. Convaincu, Michel Fournier, président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) et maire des Voisvres (Vosges), l’affirme : « L’avenir du pays est à la campagne.«  Pour lui, cela ne fait aucun doute : les communes rurales ont un rôle à jouer pour relever les défis à venir, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux.

Un intérêt grandissant au-delà du monde agricole

Les territoires ruraux ont en effet un véritable potentiel économique, et pas que dans l’agriculture ou la sylviculture ! Le tourisme, mais aussi les nouveaux services et l’industrie, pourraient bénéficier des atouts de la campagne. Le tourisme rural représente déjà près d’un tiers de la fréquentation touristique française, et pourrait bénéficier de la crise qui contraint les déplacements à l’étranger. Coralie Marti, Directrice de l’Association pour le tourisme équitable et solidaire (Ates) milite pour la conception d’un programme de soutien au tourisme rural. Plus vaste que le tourisme agricole, le concept englobe toute activité qui permet de « se mettre au vert » : faire du sport, visiter un patrimoine, arpenter les marchés locaux… Côté industrie, l’Agence France Entrepreneur éditait en 2018 un guide pour entreprendre en milieu rural. De nombreux exemples de bassins industriels ruraux et d’opportunités à saisir y sont présentés. 

 En outre, le regard des Français sur la ruralité a changé : comme le montre la crise sanitaire, ils sont de plus en plus nombreux à quitter les agglomérations pour s’installer à la campagne. « 80% des communes rurales sont aujourd’hui en croissance démographique. Et contrairement à certaines idées reçues, 85% des personnes qui s’installent en milieu rural ne sont pas des jeunes retraités (…), mais des personnes en activité », déclarait le Premier ministre, Jean Castex, le 24 septembre 2021 à l’occasion de l’ouverture du 50ème congrès de l’AMRF. « Le développement du télétravail pourrait lever un frein à l’installation de jeunes actifs », confirme Michel Fournier. Par ailleurs, en favorisant la limitation des déplacements, le télétravail pourrait aussi permettre aux localités rurales d’apporter un écot supplémentaire à la lutte contre le dérèglement climatique.

Les pouvoirs publics doivent s’engager davantage

Pour réaliser le plein potentiel économique des petites communes, « il faut continuer à renforcer l’attractivité de nos territoires, en alliant volontarisme des élus municipaux et engagement des autres pouvoirs publics à leurs côtés », estime Michel Fournier. L’ambition ? « Développer des projets ambitieux » dans l’industrie, notamment. Véritable plan d’actions mis en place en octobre 2019 par le gouvernement afin de redynamiser les campagnes et de soutenir les initiatives locales, l’Agenda rural et ses 181 mesures ont fait naître de réels espoirs. Certains commencent à être comblés. Ainsi, des moyens ont été mobilisés en faveur de la transition numérique des territoires enclavés, essentielle pour le développement du télétravail. Dans un autre registre, 1 600 villes de moins de 20 000 habitants sont désormais concernées par le dispositif « Petites villes de demain« , qui leur permet de bénéficier de 3 milliards d’euros de crédits du Plan de relance pour mener leurs projets à bien.

Mais pour l’AMRF, le compte n’y est pas encore. Son président considère ainsi qu’il faut désormais créer un dispositif « Villages de demain », qui concernerait les communes les plus petites. De même, il appelle de ses vœux une réforme de la dotation globale de fonctionnement afin de la rendre plus équitable dans sa répartition, ainsi qu’un programme d’appui pour réhabiliter les logements vacants en milieu rural. « La désertification médicale continue de progresser, le désenclavement des communes rurales par les mobilités innovantes est encore loin d’être achevé et il reste difficile pour les communes d’obtenir une aide en ingénierie facilitant la mise en œuvre de leurs projets de territoire », poursuit Michel Fournier. Autant de sujets qui pourraient bien animer la prochaine campagne présidentielle.

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