France Digitale : la souveraineté voulue par les start-up sera européenne

Emmanuel Macron en train de parler devant un écran France Digitale
© Élysée

L'association de start-up France Digitale a dressé des recommandations pour peser dans les débats en vue de l'élection présidentielle. Son cheval de bataille : la souveraineté. Mais pour Franck Sebag, associé chez EY, cette souveraineté sera européenne plus que française.

Opération lobbying. France Digitale, association qui représente 2 000 start-up, a publié début novembre un manifeste contenant 37 propositions. L’objectif : interpeller les candidats à la prochaine élection présidentielle sur les besoins de la French Tech. En pleine croissance, l’écosystème compte désormais 27 000 start-up sur le territoire. Celles-ci devraient créer plus de 4 000 nouveaux emplois par mois entre 2020 et 2025, et générer 6% de la croissance du PIB national d’ici 2025, anticipe France Digitale. Mais pour y parvenir, l’association appelle à jouer la carte de la souveraineté.

France Digitale recommande d’améliorer et de simplifier l’accès à la commande publique pour les jeunes pousses afin de leur offrir davantage de débouchés. L’association propose d’établir un « principe de préférence européenne pour l’achat technologique en Europe, avec un Buy European Tech Act (BETA), face aux grandes entreprises technologiques internationales », alors que « seulement 25% de la commande publique européenne est aujourd’hui fournie par des acteurs européens », souligne le manifeste. Ce principe de préférence est déjà appliqué aux États-Unis, en Israël ou encore en Corée du Sud.

Au regard du droit européen actuel, il est impossible en France de privilégier une start-up de l’Hexagone dans le cadre d’un appel d’offres – sous peine d’être accusé de concurrence déloyale. « L’Union européenne est le bon échelon pour cette proposition car la véritable compétition n’est pas entre start-up européennes, mais avec les entreprises américaines et asiatiques. Au regard des enjeux de souveraineté, il est impératif de générer des leaders européens de la tech« , martèle Franck Sebag. En la matière, « le timing est bon car la France va pouvoir jouer un rôle moteur à partir de janvier avec la présidence du Conseil de l’Union européenne. »

Renforcer les financements

Pour atteindre cette souveraineté, le rôle joué par les financements est également primordial. « 80% des entreprises technologiques européennes qui se lancent dans des tours de table de plusieurs centaines de millions d’euros lèvent auprès de fonds non-européens. Parfois, ces actionnaires demandent que le siège de l’entreprise soit relocalisé dans leur pays », regrette France Digitale. L’association appelle donc à orienter davantage l’épargne des Français et des fonds privés vers l’investissement, ainsi qu’à une montée en puissance des fonds français dédiés au « late stage ».

« La French Tech a connu une vraie accélération. Environ 10 milliards d’euros devraient être investis dans l’écosystème d’ici la fin de l’année – soit le double de l’année dernière. La France s’est donc réveillée, mais des financements supplémentaires sont nécessaires, abonde Franck Sebag. Sur environ 700 licornes recensées à l’échelle mondiale, l’Europe en dénombre seulement une soixantaine – contre 300 aux États-Unis et 150 en Chine. » Et de conclure : « Au-delà des licornes, l’ambition doit désormais être de créer des décacornes et à terme, de voir une société sortir de l’écosystème French Tech pour se coter au CAC40. »

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