Serge Vatine (Bold Avocats) : « Quand on lance sa boîte seul, on fait un grand nombre d’erreurs qu’on ne fait pas en s’associant »

Serge Vatine de Bold Avocats
© Bold

S’associer favorise la réussite d’un projet entrepreneurial. Famille, amis, réseau professionnel… Comment choisir le partenaire idéal ? Serge Vatine, serial entrepreneur, avocat et fondateur de Bold, cabinet qui accompagne les start-up, livre ses conseils.

Une entreprise a plus de chances d’être pérenne si elle est créée par plusieurs associés (forme sociétaire) plutôt que par une personne seule (entreprise individuelle ou micro-entreprise). Selon une étude menée par l’Insee en 2018, trois ans après leur création, 74% des premières sont encore en activité contre 59% pour les autres. Willy Braun, capital-risqueur et co-fondateur de Galion.exe, appuie ces chiffres : « Sur les sociétés en amorçage, nous regardons principalement l’équipe et le marché, à égalité. » Concernant le détail des critères qui font une bonne équipe, Willy Braun en compte cinq : « Les qualités spécifiques des fondateurs (leadership, adaptabilité, résilience, empressement et intelligence), une vision forte avec une stratégie convaincante pour développer la société sur son marché, le capital humain (compétences, réseaux, réalisations passées), une bonne symbiose dans l’équipe et une forte capacité d’attraction pour les différentes parties prenantes. »

Une bonne association constitue la base d’une entreprise solide. Mais vers qui se tourner, comment choisir la personne et s’assurer de faire le bon choix ? Réponses de Serge Vatine, serial entrepreneur, avocat et fondateur de Bold, cabinet qui accompagne les start-up.  

Quels risques prend un entrepreneur à se lancer seul, sans associé ?

Serge Vatine : Dans l’univers des start-up, ne pas s’associer est un piège. Il est quasiment impossible de fonder et tenir un projet seul. Il y a énormément de choses à faire ! L’avantage d’avoir un ou plusieurs associés, c’est d’être challengé. Sans aucun challenge, l’entrepreneur va droit dans le mur. Notamment parce que l’on fait seul un grand nombre d’erreurs qu’on ne ferait pas à plusieurs. L’erreur majeure, c’est de croire qu’on peut se concentrer sur ses seules compétences en mettant de côté ou reléguant à plus tard les choses que l’on ne sait pas faire. Si je prends mon exemple : mon « super pouvoir », c’est déployer le lien client et l’animation des équipes. Mais je ne suis pas bon dans les process. Or, lorsque j’ai fondé un précédent cabinet d’avocats, je me basais sur ce que je connaissais lors des recrutements : je sélectionnais des candidats et les testais sans me soucier de déployer un éventuel processus d’intégration. Résultat : pendant 10 ans, j’ai connu un turnover de salariés très important sans croissance particulière. Or, une entreprise ne peut pas grandir si elle ne se structure et ne s’entoure pas des bonnes personnes. Aujourd’hui, chez Bold, on compte 80 employés et aucun turnover. C’est en partie grâce au processus d’onboarding et d’accompagnement que mes équipes ont su mettre en place.  

On dit que le meilleur des associés se trouve déjà autour de soi. Famille, amis, réseau professionnel… Vers qui se tourner ?

S. V. : Choisir un membre de sa famille ou un ami n’est pas une fausse bonne idée tant qu’on évite toute forme de verticalité de hiérarchie. S’associer est très coûteux émotionnellement. On s’engueule énormément entre associés. Ça peut tendre des relations. Toute la difficulté de s’associer avec un proche, c’est qu’il y a vite des confusions entre l’humain et l’ego, ce qui relève de l’intérêt participatif et du personnel. J’ai déjà vu des situations où les entrepreneurs ne prenaient pas les décisions appropriées parce que ça concernait un proche. Un bon associé, c’est quelqu’un qui agit dans l’intérêt de la société. Chez Bold, on a décidé de s’associer au fur et à mesure du développement du projet. Au début, avec des avocats, puis, après deux ans d’activité, avec des non avocats, dont un expert-comptable, qui partageaient la vision de notre entreprise et avaient des compétences qui nous manquaient, une autre manière de traiter les problématiques.

Désolidarisation de l’équipe, dégradation de l’image, désassociation, fermeture… Il y a de nombreuses conséquences aux mauvaises associations. Comment s’en prémunir ?

S. V. : Aujourd’hui, la plus grande qualité d’un entrepreneur, c’est d’anticiper. S’associer, c’est facile. Se désassocier, c’est de toute façon une problématique qui mènera à une tension réelle. C’est pourquoi je recommande aux start-up que j’accompagne de rédiger un pacte d’associés. Sur les quotas de l’association, je recommande généralement une répartition équilibrée à 50-50 ou 60-40 en fonction de l’investissement de chacun. Le pacte, c’est la règle du jeu. Le jeu étant la façon dont on s’associe (conditions d’entrée et de vie de l’entreprise) et les conditions de sortie. Si l’on est dans un bras de fer avec son associé, on ne va plus au tribunal comme c’était le cas il y a 20 ans. On applique le pacte et il n’y a plus de négociation possible.

Biographie de Serge Vatine

Après avoir exercé plus de 10 ans en droit des contrats et en droit économique, Serge Vatine a créé en 2011 un pôle corporate – private equity, qu’il co-anime avec une équipe de grande qualité. Il conseille et accompagne principalement les entrepreneurs dans leur stratégie de financement, leurs levées de fonds, leurs relations avec leurs investisseurs, tant en phase d’amorçage, que dans le cadre de séries plus avancées (A et B), mais aussi de flips et jusqu’à leurs exits. Serge apprend à aimer les process, qu’il considère essentiels chez Bold. Il anime par ailleurs régulièrement des workshops et assure le mentoring de nombreux projets au sein des principaux incubateurs et accélérateurs de la French Tech.

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