Caroline Dreyer (réseau SATT) : « Les SATT sont indispensables pour la réindustrialisation de la France »

Caroline Dreyer SATT
© Caroline Dreyer

En moins de dix ans, les sociétés d'accélération de transfert de technologie (SATT) se sont imposées comme des créateurs de valeur économique efficaces. Un rôle essentiel dans un contexte de reprise d'activité.

Créées en 2012 dans le cadre du programme investissements d’avenir lancé par l’État (à hauteur de 856 millions d’euros), les sociétés d’accélération de transfert de technologie (SATT), aujourd’hui au nombre de 13 et réparties sur tout le territoire, ont pour objectif d’établir un lien entre la recherche publique et l’entrepreneuriat privé. Concrètement, elles assurent le rôle de « relais » entre les laboratoires de recherches et les entreprises. Elles financent le passage des prototypes aux produits ou services. L’objectif ? Renforcer l’innovation et la compétitivité de l’industrie.

Et cela fonctionne, selon une étude menée par Deloitte. Au total, ce sont 100 millions d’euros qui ont été investis sur différents projets, permettant la création de 588 start-up. Ces dernières ont bénéficié de l’assistance du Réseau SATT à différentes phases : incubation ou pré-industrialisation. D’après Deloitte, elles « ont créé entre 1 564 millions d’euros et 1 915 millions d’euros de valeur. » Pour établir ce calcul, le cabinet a considéré la valeur initiale de chaque start-up (égale à son capital social) et son évolution jusqu’au dernier tour de table identifié (avec injonction de trésorerie par des investisseurs tiers).

Les SATT sont donc « des leviers essentiels pour stimuler la création de nouvelles entreprises, mais aussi et surtout pour créer les champions de demain. » Un constat dont se réjouit Caroline Dreyer, présidente du réseau SATT depuis mars 2020 et de la SATT strasbourgeoise Connectus depuis 2018.

Comment fonctionnent les SATT ?

Caroline Dreyer : Les SATT ont été créées pour développer les impacts des travaux issus de la recherche publique. Nous avons d’excellents chercheurs en France, mais leurs résultats ne se traduisent pas assez en produits et services pour la société. Nos équipes sont constituées de professionnels – des chargés d’affaires et des business developpers, notamment – avec des expertises en propriété intellectuelle et des capacités d’analyse des besoins du marché, travaillant au plus près des laboratoires. Les établissements de recherche et l’État sont d’ailleurs actionnaires des SATT, respectivement à hauteur de 67% et de 33%. Les SATT sont dotées de moyens conséquents : nous investissons ainsi dans des projets avec nos fonds propres. Pour les plus prometteurs, les sommes peuvent aller jusqu’à 600 000 €. Le but est de passer d’un démonstrateur en laboratoire à un prototype qui se rapproche du stade de pré-industrialisation avec des données robustes pour convaincre une entreprise de développer la technologie ou des investisseurs de créer une start-up. Certaines SATT ont en plus la mission d’incubateur.

Pour quels résultats ?

C. D. : L’étude du cabinet Deloitte a montré que pour un investissement dans la maturation technologique de 1€, nous créons en moyenne 17€ de valeur. Cela comprend la valorisation de la start-up, mais aussi tout ce qu’elle draine au niveau économique : la création d’emplois directs et indirects, le recours à des sous-traitants etc. À date, le réseau des SATT a permis à près de 600 start-up de voir le jour, la signature de 1 300 licences et le dépôt de 3 000 brevets. Depuis 2012, nous avons analysé plus de 15 000 dossiers provenant de domaines variés (BioTech, GreenTech, industrie du futur, agri et agro, numérique…) et essentiellement des deeptech. Toutefois, 45% de ceux que nous suivons depuis la création du réseau SATT sont en lien avec la santé. En quasiment 10 ans, nous avons enregistré de beaux succès, comme celui de Dynacure, qui a levé plus de 100 millions d’euros pour développer des solutions thérapeutiques contre certains types de myopathie. C’est la preuve donnée par les investisseurs de la qualité et de l’attractivité des projets que nous accompagnons.

Les SATT ont-elles un rôle à jouer dans le plan de relance et de réindustrialisation de la France?

C. D. : Oui, absolument : l’ambition des SATT est d’identifier les pépites de demain et de s’assurer qu’elles répondront aux enjeux de compétitivité, de souveraineté technologique et de réindustrialisation des territoires, quelle que soit leur filière. Les SATT ont répondu à l’appel à projets R&D Booster 2021, ce qui nous assure des financements jusqu’en 2024. À partir de là, nous devrons tendre vers l’autofinancement, c’est-à-dire nous baser sur nos revenus propres tirés du licensing, c’est-à-dire l’établissement d’une licence entre un laboratoire et une entreprise

Biographie de Caroline Dreyer

Diplômée d’un master scientifique à vocation industrielle, complété par un Executive MBA (2015) et un Certificat de propriété intellectuelle (2013), Caroline Dreyer trace tout son parcours au cœur de l’innovation scientifique, à l’interface du monde public-privé. En 1997, elle fait ses premières armes dans une entreprise de matériel scientifique, puis rejoint l’Université de Strasbourg où elle contribue au développement de l’activité du Département de Valorisation, jusqu’à en devenir la Directrice en 2007. C’est dans ce cadre qu’elle participe au déploiement du réseau Conectus Alsace – qui fédère alors la totalité des acteurs de la recherche publique alsacienne -, dont elle devient la Secrétaire Générale en 2008. Des fondations et succès de ce réseau naît en 2012 la SATT Conectus (Société d’Accélération du Transfert de Technologies), première SATT créée en France. Caroline Dreyer partage tout son savoir-faire en qualité de Directrice de la Valorisation, puis est rapidement nommée Directrice Générale Adjointe. En 2018, elle est nommée Présidente de Conectus. En 2020, elle est nommée Présidente du Réseau National des SATT. Au-delà de sa fonction, Caroline poursuit de multiples engagements parallèles, de la formation, à sa participation active dans des groupes de travail à l’échelle nationale, à des conseils d’administration ou conseils (startups, Réseau Curie, Incubateur Semia, ESBS…) ou encore comme membre dans plusieurs jurys comme ceux des concours d’étudiants-entrepreneurs. 

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