Alain Clot (France FinTech) : « Les FinTechs françaises ne sont peut-être pas des décacornes, mais leurs business models sont solides »

Deux personnes en train de payer par smartphone
© David Dvoracek via Unsplash

2021 a été propice aux FinTech françaises, avec plus de 2,3 milliards d'euros. À l'inverse d'autres pays européens, le classement est diversifié, signe d'une certaine solidité. Néanmoins, les experts du secteur notent quelques faiblesses à combler dans les prochaines années.

2021, année des FinTech ?  Les start-up de finance françaises ont levé 2,3 milliards d’euros, pour un ticket moyen de 25 millions d’euros, soit des augmentations respectives de 174% et 86% par rapport à 2020, selon les chiffres de France FinTech, l’association qui promeut, anime et représente le secteur. Pour Alain Clot, son président-fondateur, le plus frappant dans ces levées, c’est la diversité des acteurs présents. « Start-up de l’assurtech, de financement, de paiement, du domaine bancaire ou de l’univers des cryptomonnaies… cela contraste avec l’Allemagne, par exemple, où deux acteurs – Trade Republic et N26 – dominent la moitié des levées de fonds. Certes, le classement ne couronne pas de décacornes ou de très grosses sociétés, mais il incarne une population équilibrée de FinTechs », estime l’expert. Sofia El Mrabet, avocate au sein du cabinet international Bird & Bird et spécialiste des FinTechs, note quand même l’essor des start-up de paiement. « Elles profitent du contexte. Entre la crise du Covid et les usages qui évoluent – nous payons avec nos portables, nos montres, et même parfois avec des bagues connectées -, les transferts d’argent dématérialisé explosent. Aujourd’hui, on ne demande plus son RIB à quelqu’un, on lui ‘fait un Lydia’. Nous assistions à une surdigitalisation des transferts d’argent. »

Autre point fort de l’écosystème FinTech français, selon Alain Clot : la solidité des business models, basés sur des hypothèses qui apparaissent raisonnables. « À l’étranger, certains modèles posent question, avertit-il. Il y a des plateformes, par exemple, qui adoptent des stratégies très quantitatives des parts de marché, et acquièrent leurs clients très chers, en peinant à les monétiser et les fidéliser au-delà du cadeau de bienvenue. »

Difficultés d’amorçage

Les faiblesses de l’écosystème français résident ailleurs. D’après Alain Clot, la phase d’amorçage est encore difficile. Pour y remédier, le président de France FinTech plaide en faveur de la création d’un statut fiscal particulier pour les Business Angels, « qui sont des acteurs clefs de cette phase essentielle », ainsi que la multiplication des fonds dédiés au secteur. « À mesure que les entreprises se rapprochent du statut de licornes, la part des fonds étrangers – en particulier américains – progresse, regrette-t-il. Nous ne disposons pas d’un Nasdaq local qui pourrait valoriser, à terme, nos grands acteurs. » De son côté, Sofia El Mrabet identifie un autre frein : celui du contexte réglementaire. « Dans la finance, tout est très cadré, très contrôlé. Cela peut pousser certains investisseurs à se tourner vers des secteurs plus sûrs. »

L’autre bémol identifié, c’est le manque de mixité. « Moins de 10% des FinTech françaises ont été fondées par des femmes. C’est à l’image du numérique, mais aussi du monde de la finance », analyse Christian Clot. Sur ce point, il estime qu’il faudrait plus de sensibilisation dans les universités et les parcours de formation. « L’enjeu n’est pas uniquement moral : l’expérience montre que la diversité et l’équilibre sont un facteur de développement et de réussite en plus, conclut Alain Clot. J’en suis persuadé. »

Quelles sont les FinTechs françaises qui ont levé le plus de fonds en 2021 ?​

Symbole-major
Start-upMontants levés (M€)Principaux fondsActivités
Qonto
486Néobanque pour les PME et les indépendants
Ledger312Portefeuille électronique pour cryptomonnaies
Alan185Assurance en ligne
Shift Technology182Plateforme de détection de fraude aux assurances
Swile175Titres restaurants dématérialisés
Younited Credit138Plateforme en ligne de crédit à la consommation
Spendesk100Outil de suivi des dépenses en entreprise
Leocare98Assurance en ligne sur-mesure
Payfit90Solution de gestion de paie et de ressources humaines en ligne
Lydia89Application de paiement dématérialisée
Sunday85Solution de paiement par QR Codes dans les restaurants
Agicap82Logiciel de trésorerie
Alma49Solutions de paiements fractionnés et différés
Indy35Solutions de comptabilité pour les indépendants
Libeo20Serena, Breega, DST Global et LocalGlobeSolutions de paiement de fournisseurs pour TPE et PME
Pledg15Solution pour échelonner les paiements sur les marketplaces
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