Santé : trois pistes pour regagner en souveraineté

Un laborantin en train de verser un produit dans un tube à essai
© Emin Baycan via Unsplash

Au pays de Pasteur, les innovations en matière de santé se sont un peu éclipsées ces dernières années. Les raisons sont multiples : délocalisations, recul de la R&D, manque de confiance dans le numérique… Le seul moyen d’y remédier ? Investir, d’après les experts et le gouvernement.

La pandémie a rebattu les cartes de la souveraineté. Alors que la santé était sortie du scope des secteurs à défendre, les pénuries de masque puis l’absence remarquée de la France dans la course au vaccin contre le Covid ont rappelé qu’il était important de reprendre les devants.

Réinvestir dans la santé made in France

« Ce qui se passe est dramatique quand on pense que l’industrie pharmaceutique française s’imposait encore il y a une quinzaine d’années », regrette l’économiste Christian Saint-Étienne. Ce constat s’explique par plusieurs dynamiques, notamment une baisse du budget global public de recherche consacré au secteur de la santé (-28% entre 2011 et 2018). Du côté du G5 Santé, cercle de réflexion rassemblant les dirigeants des entreprises françaises de santé bioMérieux, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa, on estime que la perte de puissance de la France en matière de santé est due à la fragilité de l’ensemble de la chaîne de valeur, du fait d’une régulation importante pesant sur les produits de santé. Les groupes expliquent que le prix des médicaments en France étant parmi les plus bas d’Europe, ils préfèrent délocaliser leurs outils industriels dans des régions moins coûteuses, faisant ainsi baisser la production du pays. « L’avantage » de la pandémie, d’après le président du G5 Didier Véron, aura été de permettre une prise de conscience au niveau du gouvernement en matière d’indépendance sanitaire. C’est aussi parce qu’en cas de pénurie d’un seul composant, c’est toute la production médicamenteuse qui peut s’en trouver impactée. Mais selon le groupe Pierre Fabre, membre du G5, pour réduire de 90% les risques liés au sourcing extérieur, il faudrait débloquer un milliard d’euros d’investissements.

Un budget conséquent, qui devra être distribué en fonction des points de faiblesse et des zones de risques du système actuel, afin de relocaliser selon les priorités.

Se tourner vers la santé numérique

En matière d’investissements, le gouvernement se tourne aussi vers la santé numérique. Un plan dédié prévoit l’émergence de solutions innovantes dans le domaine. L’objectif : permettre à la France de « conquérir un marché de l’e-santé en pleine croissance au niveau mondial ». Les prévisions de croissance parlent d’elles-mêmes : le marché de l’e-santé, au niveau international, pourrait croître de 160% entre 2019 et 2023, pour atteindre 253 milliards de dollars. Le gouvernement reconnaît un « retard français », lié, entre autres, au déficit d’investissements dans les infrastructures numériques ainsi qu’un « manque d’acceptabilité et de confiance » dans le numérique de part du public et des professionnels. C’est à ce titre que 2 milliards d’euros ont été débloqués dans le cadre du volet numérique du Ségur de la santé, qui s’est déroulé en juillet 2020. Une partie de cette somme sera dédiée à la formation (81 millions d’euros), aux équipements de recherche (60 millions d’euros), à des appels à projets (20 millions d’euros annuels), à des tiers lieux d’expérimentation (63 millions d’euros d’ici 2025), à l’imagerie (93 millions d’euros) et enfin aux innovations ciblées sur les nouveaux usages numériques en santé (50 millions d’euros).

Le secteur de l’e-santé étant particulièrement sensible, notamment en matière de protection des données, le gouvernement promet un « partage fluide et sécurisé des données de santé entre les professionnels de santé et les patients », ainsi qu’un traitement « éthique » de la part d’acteurs soumis à une réglementation plus protectrice des données personnelles.

Ne pas oublier les biotechs

Enfin, il faudra aussi compter sur les biotechs. Tandis que la CCI promet un écosystème « en pleine croissance » en France, avec 60 nouvelles entreprises chaque année et une troisième place sur le podium européen (derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni), les chiffres en matière de financement laissent à désirer. En 2019, les biotechs françaises étaient 72% à chercher des fonds, avec 11% de leur capital provenant des fonds nationaux, qui dépendent de l’État. Aux États-Unis, cette proportion grimpe à 82%. Une tendance qui n’a rien d’anodin au royaume du capitalisme, quand on sait qu’un médicament innovant sur deux provient aujourd’hui des biotechnologies, rappelle l’économiste Frédéric Bizard dans une tribune parue dans Le Monde.

La souveraineté du secteur de la santé française ne pourra donc être assurée qu’en investissant. Dans de nouvelles technologies et innovations… mais également dans les outils existants, oubliés ou délocalisés.

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