OPA : pourquoi les entreprises se retirent-elles de la Bourse ?

Pourquoi les entreprises veulent-elles quitter la bourse ?

Les derniers mois ont été dynamiques sur le front des OPA, qui se soldent souvent par un retrait de la cote. Décryptage des mécanismes à l'œuvre dans ces opérations.

Par Gabrielle Lacour

Publié le 9/21/2021

"Nous l'observons depuis plusieurs années : il y a plus de sociétés qui sortent de la Bourse que d'entreprises qui y entrent", déclare Damien Anzel, Partner Lead Advisory, Strategy & Transactions, Western Europe & Maghreb chez EY. Récemment, de nombreuses offres publiques d'achat (OPA) ont donné lieu à des retraits de la cote. En 2020, selon le cabinet de conseil, vingt sociétés sont sorties d'Euronext Paris à la suite d’offres publiques. Les motivations sont différentes selon la forme que prend l'opération.

Liberté, agilité... investissez

Dans le cas d'Iliad, maison-mère de Free fondée par Xavier Niel, par exemple, l'actionnaire de référence décide qu'il vaut mieux payer une prime pour le rachat de ses actions (61% en l'occurrence) que laisser son entreprise sur le marché. Iliad estime que sa "nouvelle phase de développement exige des transformations rapides et des investissements significatifs qui seront plus aisément menés à bien en tant que société non cotée". À la clef, une plus grande indépendance stratégique, davantage de liberté dans la gestion du cashflow, et moins de pression des analystes. "Dans les télécoms, les dirigeants se plaignent de la vision court-termiste des investisseurs, qui regardent leurs perspectives de dividendes à 18 mois alors que les investissements en infrastructures impliquent des retours sur investissement à sept ou dix ans", explique Damien Anzel. 
Dans le cadre d'opérations industrielles de concentration, comme pour Suez-Veolia, Europcar racheté par Volkswagen, ou Akka Technologies par Adecco, l'objectif poursuivi est l'agilité. "Si l'entreprise souhaite bouger le périmètre d'une entité rachetée à une autre pour réaliser des synergies, par exemple, le fait que cette entité reste cotée est synonyme de beaucoup de contraintes : elle doit potentiellement convaincre les actionnaires minoritaires, faire passer la décision en assemblée générale, nommer un expert indépendant, etc., avec un risque de contestation", décrypte le consultant. 
Reste la situation, de plus en plus fréquente, dans laquelle l'OPA est initiée par un fonds d'investissement. Par exemple, l'opération récente d'Ardian sur l'agence de data marketing Artefact. "Les fonds d'investissement, de capital-développement et de private equity se sont énormément développés et disposent de capitaux conséquents, provenant d'investisseurs institutionnels et de fonds de pension. Ils ont besoin de trouver des actifs dans lesquels investir. Cela crée une pression forte à l'achat qui les a amenés à se tourner vers des sociétés cotées, pour étendre leur terrain de chasse. Dans ces cas-là, le retrait de la Bourse est l'objectif, pour des questions fiscales, de circulation du cash et de gouvernance. Conserver une partie du flottant n'apporte rien, sinon des contraintes supplémentaires sans le bénéfice d’accès à des capitaux supplémentaires qui sont déjà disponibles auprès du nouvel actionnaire."

Se financer hors de la Bourse

Certes, les marchés sont aujourd'hui quasiment à leur plus haut historique. Pour autant, sur le marché non coté, les multiples opérations de valorisation dans le cadre de fusions-acquisitions atteignent eux aussi des sommets (au-delà de quinze fois l'EBITDA, soit le bénéfice d'une entreprise avant que n'en soient soustraits les intérêts ou les impôts sur la société, notamment dans la santé et la tech). Pour Damien Anzel, "on est donc encore sur des arbitrages favorables". 
Du fait des taux bas qui permettent de s'endetter à moindre coût, et de l'abondance de liquidités consécutive aux politiques des banques centrales, se financer hors de la Bourse est devenu plus aisé. Dans le même temps, sur la place parisienne, le nombre d'introductions en Bourse à fin juillet dépassait déjà celui de l'ensemble de l'année 2020. Selon le directeur général d'Euronext Paris, Stéphane Boujnah, "la Bourse de Paris n'a pas vécu une telle année depuis 2015". Mais, outre quelques grosses IPO comme Aramis, Believe et OVHcloud, cela concerne surtout les start-up et les montants levés restent relativement faibles. "Aujourd'hui, la dynamique de l'investissement est vraiment portée par le marché privé", affirme Damien Anzel.

Fin 2020, Bain estimait à 2 900 milliards de dollars le stock d'argent frais au sein des fonds d'investissement dans le monde.