Pourquoi les licornes pullulent subitement en France

Les licornes françaises décollent enfin

Malgré un contexte de crises sanitaire et économique, le capital-risque ne s’est jamais aussi bien porté en France avec une progression de 7% des montants levés par les start-up entre 2019 et 2020. Et l’année 2021 ne fait que confirmer cette tendance à la hausse avec 5,1 milliards d'euros levés au premier semestre - soit presque autant que sur la totalité de 2020.

Par Antoine Mahut

Publié le 9/24/2021

Les montants levés par les start-up françaises en 2020 se sont démultipliés. Selon le baromètre EY du capital-risque publié en début d’année 2021, les jeunes pousses françaises ont levé 5,4 milliards d’euros l’année dernière ; en progression de 7% par rapport à 2019. Et l’année 2021 ne fait que confirmer cette tendance à la hausse.

2021 a fait émerger près de 45% des licornes françaises

Alors que la France ne comptait que 4 licornes en 2018, elles sont aujourd’hui 18. Rien qu’en 2021, 7 licornes sont apparues grâce à des "méga-deals", ces levées de fonds dépassant – parfois largement – les 100 millions d’euros.

L’écosystème du growth equity est en train d’exploser en France. Les start-up de la tech sont de plus en plus structurées et les fonds spécialisés sur ce segment sont de plus en plus nombreux. La concurrence des fonds augmente de fait le montant des levées et permettent de faire émerger de nouvelles licornes - ces start-up non cotées en bourse et valorisées plus d’un milliard de dollars.

"La pandémie et les confinements successifs n’ont fait que confirmer l’importance de la tech, souligne Guillaume Bonneton, partner pour la banque d’affaires GP Bullhound. Les sociétés spécialisées dans les logiciels d’entreprise, le e-commerce et la cybersécurité ont notamment bénéficié de cette situation." Les alternatives aux géants du numérique surfent sur un "effet-Covid", et le questionnement de nos usages et de notre dépendance aux GAFA.

D'autres start-up, qui avaient déjà le statut de licorne, ont profité de ces méga-deals. Ce qui saute aux yeux, c'est que les fonds qui ont guidé ces levées sont, la plupart du temps, étrangers. "On voit effectivement de plus en plus d’acteurs étrangers investir dans les start-up françaises. La nouveauté, c’est qu’ils embauchent des équipes d’investissement en France", confirme Guillaume Bonneton.

FrenchTech et fonds étrangers

"Cet enthousiasme est la traduction de plusieurs éléments", note Axelle Ricour-Dumas, Managing Director de l'agence d'innovation Fabernovel. "Depuis 2017, on note une volonté politique très claire de soutenir l'écosystème des start-up. En 4 ans, ce sont plusieurs milliards qui ont été investis dans la FrenchTech. Le cadre facilite l'émergence de nouveaux acteurs, mais aussi la consolidation des entreprises déjà existantes." 

Jean-Christophe Liaubet, également Managing Director chez Fabernovel, explique cet engouement Outre-Atlantique. "Les VC ont beaucoup de liquidités. Ils doivent performer, se différencier. L'axe international, particulièrement européen, constitue un levier intéressant. Les valorisations y sont moins élevées qu'aux États-Unis : il est plus facile d'en faire partie." Autre facteur qui encourage les investisseurs étrangers : les petits Frenchies ont fait leurs preuves. Certains ont fait leurs armes en Israël ou dans la Silicon Valley mais reviennent dans l'Hexagone pour déployer leur activité. De quoi rassurer ceux qui veulent mettre la main au porte-monnaie. 

Enfin, la France dispose d'un atout indéniable : des talents. "On manque de 80 millions de développeurs au niveau mondial, déplore Jean-Christophe Liaubet. En France, on a la chance d'avoir de bonnes écoles d'ingénieurs, et un système où l'éducation coûte moins cher que dans certains pays. Les levées de fonds, c'est pour recruter des gens. Avec les millions levés par les start-up, elles vont pouvoir bétonner leur technologie, embaucher des développeurs de haut niveau. La course à la scalabilité, c'est avant tout à la course aux talents. Et si les talents sont en France, il est naturel que les fonds abondent", conclut-il.  

Détails des mégadeals de 2021 en France

Septembre

Août

Juillet

Juin

Mai

Avril

Mars

  • Vestiaire Collective : levée de fonds de 178 millions d’euros menée par Kering (France) et Tiger Global (États-Unis)

Février