La mobilité verte coûte cher aux villes, mais ça vaut le coup

Comment les villes se mettent aux mobilités vertes ?

Alors que la mobilité verte est au coeur des injonctions politiques, les investissements incombent aux décideurs des collectivités. Sans surprise, ils sont conséquents. Bonne nouvelle, ils tiennent leurs promesses.

Par Cory Le Guen

Publié le 9/21/2021

À l’heure où le gouvernement milite pour des villes plus respectueuses de la planète, la mobilité durable apparaît comme un enjeu fondamental des collectivités. Sur le papier, on fonce tant la promesse est alléchante. Des transports en commun plus efficaces, plus accessibles, et plus écologiques. Dans les faits, il s’agit de grands chantiers qui demandent de lourds investissements.

50 millions vs 520 millions

Pour de nombreuses villes de France, il s’agit de tout repenser. À Nancy, où le TVR (Transport sur Voie Réservée), qui mixe tramway et trolley bus, devient désuet, les élus doivent étudier les solutions qui s’offrent à eux. Toutes ne se valent pas – ni en termes d’efficacité, ni en termes d’investissement. Alors, tramway ou bus électrique ? « On n’a pas le choix » admet d’emblée Patrick Hatzig, vice-président du Grand Nancy délégué aux mobilités. « Le projet du tramway nous aurait coûté 520 millions d’euros. Le taux d’endettement de la ville ne nous permet pas une telle dépense. » C’est donc un projet de trolley bus électrique qui sera délibéré le 18 novembre 2021. 
Plus de dix fois moins cher – le déploiement de trolley bus électriques ne coûtera « que » 50 millions d’euros au Grand Nancy -, celui-ci permettra en outre de renforcer et de créer des pistes cyclables. Au total, ce sont 25 millions qui seront dédiés aux aménagements urbains, et 25 millions à l’acquisition de véhicules. 

Est-ce que ça marche ? 

Si le projet de bus trolley électrique du Grand Nancy est validé, il verra le jour en 2023, et sera mis en place pour 10 ou 15 ans. Au vu des délais de mise en œuvre, du montant des investissements, et de la durée de vie du projet, mieux vaut s’assurer que les promesses des transports écolos sont tenues.
À Nantes, qui fut la première ville à avoir réintroduit le tramway en France en 1982, on mise sur le e-busway depuis 2019. Le coût de son implantation est moindre par rapport à celui du tramway, mais pas son efficacité écologique : un an après sa mise en service, la ville annonçait une économie de 1 000 tonnes de CO2. De quoi encourager d'autres villes à suivre cette voie. Ainsi, à Bordeaux, la collectivité ambitionne une flotte de bus 100% propres pour 2027 ou 2028. Les nouveaux véhicules, qui combineront gaz naturel et électricité verte, devraient permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la Métropole de presque 85%. L'échéance est plus courte à Strasbourg, où, dès 2024, plus aucun bus diesel ne sera en circulation. La ville estime que la disparition de 42 bus diesel entraînera une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 2 700 tonnes chaque année

Enfin, les arguments sont aussi éco...nomiques. À Marseille, les bus électriques séduisent aussi parce qu'ils coûtent moins cher sur le long terme : un véhicule diesel coûte 27 000 euros par an en carburant, contre 4 000 euros pour un bus électrique. 

« Mobility as a Service »

Les acteurs industriels sont bien conscients du marché à conquérir, encouragés par les promesses des politiques qui n’hésitent pas à mettre la mobilité verte au cœur de leur programme. Chez Heuliez-Iveco, par exemple, 77,5% des bus sortis de production en 2020 étaient des véhicules à énergie alternative au diesel. L’entreprise se positionne ainsi en leader du marché, avec près de 46% des immatriculations de bus électriques en France.
Le contexte est propice à l’apparition du « Mobility as a Service » (MaaS). Le concept vise à proposer les moyens de transport qui permettent le trajet le plus rapide, le plus écologique, ou le plus économique. Objectif : simplifier l’expérience mais aussi analyser et optimiser les performances des nouvelles mobilités.