Crowdinvesting : est-ce une bonne idée de faire entrer des particuliers à son capital ?

Le crowdinvesting est-il une bonne idée ?

Faire entrer une multitude de petits actionnaires au capital d’une entreprise, c’est possible via une plateforme de financement participatif. C’est le principe du crowdinvesting. On fait le point sur ses avantages et les précautions à prendre avant se lancer.

Par Hélène Lerivrain

Publié le 9/27/2021

Sur plus d’un milliard d’euros collectés par les plateformes de financement participatif en France en 2020, l’investissement en capital a représenté 57,1 millions d’euros. "Même si elle est en croissance, cette branche du crowdfunding n’a pas tout à fait le vent en poupe. Nous sommes assez peu éduqués à l’investissement en capital en France", déplore Florence de Maupeou, directrice générale de Financement Participatif France qui fédère 70 plateformes.

Un effet de levier financier

Le crowdinvesting, qui permet à un particulier ou à une personne morale d’investir avec des tickets d’investissement à partir de 50 euros, présente pourtant des avantages pour une entreprise en quête de croissance. Ce type d’opération, qui complète généralement un tour de table, lui permet d’aller lever des fonds auprès d’autres typologies d’acteurs et ainsi de diversifier ses ressources. "Cela crée un effet de levier financier", insiste Kévin Bary, gérant de l’agence de conseil Happy Crowdfunding. L’entreprise de bière artisanale Les Piliers du Sud, à la recherche de 500 000 euros, s’y est justement essayé en 2019, sans regret. "Nous avons augmenté nos fonds propres ce qui a eu pour effet de rassurer les banques devenues moins frileuses pour prêter", témoigne Mathieu Debilliers, co-gérant de la société. "Une communauté d’investisseurs est désormais partie prenante dans le quotidien de l’entreprise. Ils font la promotion de la bière et nous ouvrent leurs réseaux."

La campagne en elle-même constitue également une opportunité en matière de communication. "Elle permet d’être visible sur les réseaux sociaux et d’acquérir potentiellement de nouveaux clients. C’est pour cette raison que cela fonctionne généralement mieux pour les entreprises qui se positionnent sur le BtoC", avance Florence de Maupeou. Parallèlement, l’entreprise bénéficie de l’expertise de plateformes parfois spécialisées. Wine Funding se positionne ainsi sur le financement participatif au capital d'entreprises du vin.

173 actionnaires

Reste que voir arriver une multitude d’actionnaires au capital peut être source d’inquiétude pour une entreprise. Les Piliers du Sud Ouest ont en l’occurrence fait entrer 173 actionnaires au capital de la société. Plusieurs options s’ouvrent alors. L’entreprise peut gérer elle-même les actionnaires ou choisir d’en déléguer la gestion à la plateforme. "Le plus facile et le plus encouragé consiste à ce que la plateforme crée une holding dans laquelle se retrouvent les investisseurs et les personnes qui entrent au capital de la société. Il n’y a, du coup, qu’un seul représentant", explique Kévin Bary.

Quelques mises en garde toutefois. "Il ne faut pas trop se diluer", recommande Kévin Bary. "Un engagement du dirigeant est nécessaire. C’est chronophage au moment de la campagne et en amont", ajoute Mathilde Iclanzan, directrice générale de Wiseed. Sur la question du prix, des frais fixes sont généralement facturés pour l’audit. Pour le reste, le coût pour une entreprise est en moyenne compris ente 8 et 10% du montant collecté, promet Kévin Bary. Pas de quoi décourager Mathieu Debilliers en phase avec le côté participatif et économie réelle : "Cela a du sens de se financer de cette manière."