France Digitale : la souveraineté voulue par les start-up sera européenne

France Digitale s'invite dans la campagne présidentielle

L'association de start-up France Digitale a dressé des recommandations pour peser dans les débats en vue de l'élection présidentielle. Son cheval de bataille : la souveraineté. Mais pour Franck Sebag, associé chez EY, cette souveraineté sera européenne plus que française.

Par Anaïs Cherif

Publié le 11/24/2021

Opération lobbying. France Digitale, association qui représente 2 000 start-up, a publié début novembre un manifeste contenant 37 propositions. L'objectif : interpeller les candidats à la prochaine élection présidentielle sur les besoins de la French Tech. En pleine croissance, l'écosystème compte désormais 27 000 start-up sur le territoire. Celles-ci devraient créer plus de 4 000 nouveaux emplois par mois entre 2020 et 2025, et générer 6% de la croissance du PIB national d'ici 2025, anticipe France Digitale. Mais pour y parvenir, l'association appelle à jouer la carte de la souveraineté.

France Digitale recommande d'améliorer et de simplifier l'accès à la commande publique pour les jeunes pousses afin de leur offrir davantage de débouchés. L'association propose d'établir un "principe de préférence européenne pour l’achat technologique en Europe, avec un Buy European Tech Act (BETA), face aux grandes entreprises technologiques internationales", alors que "seulement 25% de la commande publique européenne est aujourd’hui fournie par des acteurs européens", souligne le manifeste. Ce principe de préférence est déjà appliqué aux États-Unis, en Israël ou encore en Corée du Sud.

Au regard du droit européen actuel, il est impossible en France de privilégier une start-up de l'Hexagone dans le cadre d'un appel d'offres – sous peine d'être accusé de concurrence déloyale. "L'Union européenne est le bon échelon pour cette proposition car la véritable compétition n'est pas entre start-up européennes, mais avec les entreprises américaines et asiatiques. Au regard des enjeux de souveraineté, il est impératif de générer des leaders européens de la tech", martèle Franck Sebag. En la matière, "le timing est bon car la France va pouvoir jouer un rôle moteur à partir de janvier avec la présidence du Conseil de l'Union européenne."

Renforcer les financements

Pour atteindre cette souveraineté, le rôle joué par les financements est également primordial. "80% des entreprises technologiques européennes qui se lancent dans des tours de table de plusieurs centaines de millions d’euros lèvent auprès de fonds non-européens. Parfois, ces actionnaires demandent que le siège de l’entreprise soit relocalisé dans leur pays", regrette France Digitale. L'association appelle donc à orienter davantage l'épargne des Français et des fonds privés vers l'investissement, ainsi qu'à une montée en puissance des fonds français dédiés au "late stage".

"La French Tech a connu une vraie accélération. Environ 10 milliards d'euros devraient être investis dans l'écosystème d'ici la fin de l'année – soit le double de l'année dernière. La France s'est donc réveillée, mais des financements supplémentaires sont nécessaires, abonde Franck Sebag. Sur environ 700 licornes recensées à l'échelle mondiale, l'Europe en dénombre seulement une soixantaine – contre 300 aux États-Unis et 150 en Chine." Et de conclure : "Au-delà des licornes, l'ambition doit désormais être de créer des décacornes et à terme, de voir une société sortir de l'écosystème French Tech pour se coter au CAC40."